Solarzac (Arkolia Energies, ENR) : les enjeux d’un projet pionnier

Par |
Coactivité production d'énergie renouvelable et activité agricole (élevage) sur un site d'Arkolia Energies.

Arkolia Energies vient d'apporter une réponse aux inquiétudes de la Confédération paysanne, qui a mené, le 19 juin, une action au siège du groupe, à Mudaison (34). Laurent Bonhomme, son président, estime que ce projet est porté en toute transparence et dans la concertation, et constitue un bon compromis financé par une activité économique verte, pour l'ouverture au grand public d'un espace naturel aujourd'hui privé. Solarzac prévoit de 200 à 400 ha de coactivité énergie renouvelable et agricole (élevage de brebis sur le parc photovoltaïque). La concertation préalable engagée par le groupe se poursuit…

La cinquantaine de salariés présents au siège d’Arkolia Energies est solidaire des propos de Laurent Bonhomme, son président : « Nous sommes choqués parce que la concertation préalable et publique est en cours, validée par la Commission nationale du débat public (CNDP) et que des ateliers d’information sont menés en toute transparence au plus près des habitants concernés par Solarzac ! ». L’irruption d’une quarantaine d’opposants au projet sous la bannière de la Confédération paysanne interroge les décideurs d’Arkolia, qui avancent leurs réponses face aux inquiétudes formulées par la Conf’. « ll n’y a eu aucun conflit physique, je le précise, quelques tags et les pneus de la voiture de gendarmerie crevés… Nous avons simplement fait évacuer le personnel. Et aucune plainte ne sera déposée de notre part », prévient Laurent Bonhomme.

Une chasse privée aux sols non agricoles dégradés

Laurent Bonhomme, président d’Arkolia Energies © HJE 2019, D. Croci

En conférence de presse jeudi 20 juin, Laurent Bonhomme a tenu, en préambule, à rappeler les contours du projet Solarzac, qui prévoit d’ici quatre à cinq ans – dans le meilleur des cas – la réalisation d’un parc énergétique de 200 à 400 hectares de panneaux solaires entièrement recyclables (par l’usine Veolia créée dans les Bouches-du-Rhône). La concession initiale prévue serait de trente à quarante ans. Le lieu d’implantation – le Domaine de Calmels – se situe sur la commune du Cros, dans l’Hérault, et représente une surface de 1.100 hectares. « Il s’agit d’un terrain de chasse privée, fermé, grillagé par 33 kilomètres de clôture de 2,5 mètres de haut et des miradors, sans activité agricole depuis 1981, au sol dégradé par quelque 1.000 ongulés (cerfs, biches…) destinés à la chasse commerciale. Il fonctionne environ dix mois par an et entre 1.000 et 2.000 cartouches y sont tirées chaque jour… A cause du surpâturage, la flore y est limitée à sa plus simple expression… Ces terrains ne sont pas classés agricoles. Des agriculteurs qui ont vu le site ont estimé qu’il faudrait une dizaine d’années avant que l’herbe repousse naturellement sur le domaine » ajoute le président d’Arkolia.

Un projet ouvert au public et à la concertation

Solarzac est un projet de coactivité ENR et agricole. Une procédure de consultation préalable a été lancée et s’étale sur trois mois. Elle a commencé le 2 mai et s’achèvera le 23 juillet, avec des réunions organisées environ tous les quinze jours. L’objet de ces ateliers est d’informer la population et de rechercher le dialogue « Evidemment, Solarzac est fait dans les normes d’Arkolia Energies, à savoir que l’on ne fait jamais de projet sans un minimum de concertation. C’est encore plus vrai avec Solarzac, projet encadré par un processus légal qui est la procédure de consultation préalable. Il s’agit de discuter du projet et de l’amender s’il ne convient pas » argumente Laurent Bonhomme.

« Je comprends l’inquiétude de la Confédération paysanne »

Le projet Solarzac bénéficiera d’une préparation mécanique des terres qui permettra d’enherber les surfaces, puis de créer une activité agricole (élevage de 200 à 400 brebis).

« Je comprends l’inquiétude de la Confédération paysanne », poursuit le président du groupe. « Arkolia est absolument contre l’implantation de panneaux solaires sur des terres agricoles ; ce que nous n’avons jamais fait d’ailleurs. » Il précise : « Le Domaine de Calmels n’est pas une terre agricole et n’a jamais bénéficié de primes de la PAC, ce qui confirme sa faible valeur agricole. Arkolia estime que ce site a donc une vraie vocation à la fois de coactivité agricole et de production d’énergie ». Le projet Solarzac inclut en effet un volet agricole grâce aux ressources liées à l’installation de la centrale photovoltaïque. « Il peut permettre la transformation de 200 à 400 hectares de terres aujourd’hui incultes, par une préparation des sols et l’ensemencement d’herbage. Il s’agit de réaliser un vrai pâturage là où, aujourd’hui, on a des sols impropres aux activités agricoles ». De sa propre initiative et sur ses propres deniers, Arkolia  a déjà préparé 5 hectares de prés en phase de test. « Après retournement des sols, le plus souvent rocheux, grâce à une machine spécialement dédiée à cet effet, nous testons quels mélanges d’herbages seraient les plus appropriés pour une activité d’élevage de brebis » confirme Audrey Viala, chef de projet sur Solarzac. Cette Aveyronnaise connaît parfaitement ce mode de pratique culturale. « C’est une pratique d’ameublissement utilisée depuis plusieurs décennies, notamment sur le Larzac, pour permettre de transformer les causses en prés d’herbage ». La coactivité énergies renouvelables et agriculture est déjà présente sur la moitié des parcs énergétiques d’Arkolia. Une étude sur les 7 parcs développés en coactivité est d’ailleurs en cours de réalisation et sera achevée avant la fin de la concertation préalable pour abonder le dossier et le dialogue.

Un troupeau de 200 à 400 brebis

L’objectif du projet est de pérenniser une activité agricole en même temps que l’activité photovoltaïque. « Et sans le photovoltaïque, on ne pourra pas pérenniser l’activité agricole, analyse Laurent Bonhomme. Les 5 hectares en test ont coûté autour de 40 000 à 50 000 euros. Aucun agriculteur ne pourrait payer la transformation des sols de 400 hectares ! » Ce qui permettrait l’installation d’un troupeau de 200 à 400 brebis sédentaires. L’idée : 1 brebis par hectare créé. « Nous sommes donc à rebours de ce que dit la Confédération paysanne, et nous sommes résolument pour l’installation d’un ou plusieurs agriculteurs, en partenariat avec la chambre d’agriculture et pourquoi pas la Confédération paysanne. »

Arkolia Energies existe depuis 2010 et a réalisé environ 400 centrales agricoles photovoltaïques. Elle atteindra 1.000 exploitations fin 2019, doublant ainsi son activité en une année. Le groupe héraultais est également l’un des premiers à avoir lancé la méthanisation agricole en partenariat avec des agriculteurs. « En aucune manière nous ne sommes les ennemis des agriculteurs, en aucune manière nous ne retirons une activité agricole pour développer les énergies renouvelables, s’insurge le président du groupe. « Ce qui pose la question, c’est est-ce que la population est prête au changement pour aller d’un modèle critique vers une solution écoresponsable qui mixe énergie propre et agriculture ? Il est temps que le vrai dialogue s’instaure. Je pense qu’en France, on est dans le conflit dogmatique. Avec la Confédération paysanne et les organismes représentatifs, je souhaite sortir de cette caricature. Je pense que l’on peut ensemble utiliser intelligemment cet espace de 1.000 hectares. »

Innovations sociale, technique et agricole

Selon Laurent Bonhomme, Solarzac peut permettre de créer un projet exemplaire en termes de production d’énergie renouvelable, de production et d’activité agricoles, et de coactivité avec d’autres usagers que peuvent être les randonneurs, les vététistes, les chasseurs et les acteurs du tourisme vert. Selon le scénario d’implantation choisi, moins de 20 % à 27,5 % des terres seraient utilisées, les 70 % à 80 % restants seraient rendues à un usage naturel. « Sur ce site, on peut créer trois innovations majeures », affirme le président d’Arkolia. D’abord une innovation sociale : les terrains peuvent être rachetés par l’ensemble des collectivités et futurs usagers. Arkolia Energies paiera un loyer pour financer l’acquisition de ces terrains privés qui sont à la vente. « Les administrateurs, qui peuvent être la Confédération paysanne, la FNSEA, la Chambre d’agriculture, la fédération de chasse du Gard et de l’Hérault, la fédération de randonnée pédestre… géreront cet espace. Et si dans trente ou quarante ans, Arkolia Energies ne leur convient plus, nous nous retirerons sans laisser aucune trace de notre passage. Les panneaux sont montés sur des pieux battus – zéro béton – pour être facilement redémontés » explique le président du groupe. L’innovation technologique est également présente avec la production de gaz à partir de la conversion de l’électricité en hydrogène mélangée à du CO2 (méthane). Enfin, l’innovation agricole permettrait, par la coactivité, de restaurer une activité d’élevage et de la pérenniser grâce à la production d’énergies renouvelables.

Un centre d’essai pour 4×4 ?

« Sinon, le domaine pourrait bien rester dans le privé et échapper à toute activité agricole ! promet Laurent Bonhomme. Nous avons signé la promesse de vente début 2018. En moins d’un an, le propriétaire a déjà reçu 3 offres pour le rachat du Domaine de Calmels. Deux émanent de personnes fortunées qui veulent faire une chasse privée personnelle ou commerciale, la troisième provient d’un fonds d’investissement américain qui souhaiterait créer un centre d’essai pour 4×4. Le risque d’un site privé fort loin de l’activité agricole et d’une activité d’énergie renouvelable écoresponsable du XXIe siècle est donc bien réel. La concertation préalable est ouverte et bien là pour permettre le dialogue et mettre en place une autre alternative viable qui a du sens ». Sur sa capacité de financement (voir encadré Arkolia Energies ci-dessous), le groupe héraultais indique qu’il vient d’obtenir un financement de plus de 90 millions d’euros auprès de Mirova (Natixis Investment) et qu’il en signera un second de 120 millions d’euros à la rentrée. Mais le projet Solarzac pourrait toutefois être entièrement financé sur fonds propres (200 millions d’euros d’actifs).

Daniel CROCI

Le site officiel Solarzac 


Lire aussi nos articles Arkolia


Arkolia Energies

Opérateur multiénergies de la transition énergétique, le groupe indépendant installé à Mudaison, dans l’Hérault (50 salariés), est actif sur les domaines du photovoltaïque, de l’éolien et du biogaz, avec une puissance installée de 160 MWc en 2019, répartie sur 400 sites. Créée en 2009 par ses dirigeants actuels, la PME héraultaise développe deux activités principales : la construction d’unités de production d’énergies renouvelables, qu’elle exploite pour son propre compte ou pour le compte de tiers en assurant la maintenance par des équipes dédiées, et la vente d’électricité issue de ses propres sites de production. Elle a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 56 M€ (dont 42 M€ pour la construction et 13 M€ pour la vente d’électricité) et prévoit un CA consolidé 2019 de 90 M€ (72 M€ en construction et 18 M€ en production). Son portefeuille de projets représente une puissance totale de plus de 800 MWc. Sa stratégie offensive d’innovation l’amène à se positionner sur les marchés émergents de l’autoconsommation, de l’éolien flottant et de la biométhanation. Arkolia Energies a obtenu le 14 juin un financement pour ses projets solaires et éoliens à hauteur de 90 M€, avec Mirova, la société de gestion affiliée de Natixis Investment dédiée à l’environnement durable. Le groupe héraultais prévoit la signature d’un nouveau financement de 120 M€ pour ces activités ENR à la rentrée de septembre. Il dispose de 200 M€ d’actifs. 

Commentaires

Vous devez être abonné pour commenter.

Abonnement newsletter

L’actualité juridique et économique de l’Hérault toutes les semaines dans votre boite mail.

En renseignant votre adresse email, vous accepter de recevoir nos derniers articles par email et vous prenez connaissance de notre Politique de confidentialité