Colloque « Accessibilité et Architecture » / Table ronde sur la créativité, la norme et l’esthétique

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De gauche à droite : Me Rémy Lévy, bâtonnier élu, Jean-Louis Bascoul, sociologue, consultant en gérontologie, et Emmanuel Aubertin, directeur régional d’Icade Promotion. © HJE 2018, Yves Topol.

Un colloque « Accessibilité et Architecture » était organisé le 26 octobre dernier par l’Institut des Droits de l’Homme du barreau de Montpellier. Les interventions de la deuxième table ronde ont mis en perspective les bonnes pratiques à développer, la contrainte majeure étant celle dictée par le marché. Il impose un impératif : contenir les coûts.

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En préambule à la seconde table ronde, Me Rémy Lévy, bâtonnier élu, a souligné : « Notre profession a un rôle à jouer dans la défense de l’accessibilité et l’accompagnement des personnes handicapées et de leurs associations. Nous avons beaucoup évolué grâce à la création d’équipes pluridisciplinaires. Nous collaborons maintenant avec des médecins spécialisés dans les handicaps, des ergonomes, des architectes spécialisés dans l’aménagement des logements, des associations. Résultat : nous avons pu obtenir des indemnisations équitables. A tel point qu’aujourd’hui, ce contentieux a quasiment disparu ». Concernant le métier d’architecte, Me Rémy Lévy estime que détenteur du savoir technique, du savoir juridique et au cœur de la création de l’immeuble, l’architecte est garant de l’acte de construire, du permis de construire et des règles de l’accessibilité, qui sont aujourd’hui parties intégrantes des règles de la construction.

L’augmentation des coûts générée par la loi de 2005

Emmanuel Aubertin, directeur régional d’Icade Promotion, précise en quoi la loi de 2005, qui exigeait l’accessibilité pour tous les appartements, a conduit à l’augmentation des coûts de construction : « Les contraintes de conception pour certaines pièces, notamment les salles de bains, les toilettes et les entrées, imposent une surface supplémentaire de 4 à 6 m2, soit un prix augmenté de 15.000 à 20.000 € par logement dans une ville comme Montpellier. Or, nous sommes extrêmement contraints par la pression du marché. Les clients veulent payer leur logement le moins cher possible. »

A propos de la nouvelle loi Elan qui réduit le nombre de logements devant respecter l’accessibilité, Emmanuel Aubertin avance : « Cette loi doit s’appliquer à tous, car nous sommes dans une concurrence d’une férocité extrême. Sous réserve que chacun respecte ses obligations, cette nouvelle loi ne me dérange pas du tout en ma qualité de professionnel. Mais en ma qualité de citoyen, je rejoins les arguments avancés aujourd’hui ici ».

Intégrer l’usage en respectant la règle

Dans son intervention, l’architecte montpelliérain Christophe Lladeres, également membre du Conseil national de l’Ordre des Architectes, rappelle que ce métier exige d’abord la mise en œuvre d’un ouvrage fonctionnel, sans perdre de vue la question réglementaire. Il s’agit d’intégrer l’usage en respectant la règle. Pour lui, « opposer l’esthétique à la prise en compte du handicap n’a vraiment pas de sens pour un architecte ». Il insiste également sur l’importance du critère financier, « le sujet autour duquel on tourne toujours dans la construction. Il s’agit d’adapter la construction au budget du maître d’ouvrage ». Par ailleurs, Christophe Lladeres met en garde contre l’installation d’un équipement (par exemple ascenseur) dans un immeuble non prévu pour cela.

Espace public, objet fondamental de l’urbanisme

« Quand on se limite à concevoir selon un modèle, par exemple du type immeuble des années 60, on se contente de fournir des marchandises sous forme de logements standards et c’est une catastrophe », déplore Luc Doumenc, architecte et urbaniste, président de l’association APGF. Il faut tout au contraire commencer par établir avec la participation des usagers un programme précis qui permettra à l’architecte de proposer des logements différents adaptés aux usages et respectant les normes. Luc Doumenc insiste aussi sur la nécessité de travailler en coordination avec les habitants sur l’espace public, objet fondamental de l’urbanisme. Il regrette qu’en France, ce soit généralement un objet technocratique, réalisé par des employés de mairie et des techniciens d’entreprise, sans aucune concertation avec la population.

Des établissements accueillants pour les personnes âgées

Jean-Louis Bascoul, sociologue, consultant en gérontologie, souligne que les établissements destinés à l’accueil des personnes âgées doivent être d’abord des lieux de vie avant d’être des lieux de soins. Il s’agit aussi de mettre en avant le projet d’accompagnement, pour passer de la logique du « On les empêche de mourir » à : « Le travail est maintenant de les faire vivre ». C’est là que l’esthétique joue son rôle.

 

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