La nouvelle vague du Barreau de Montpellier a brillamment défendu Claude Lelouch

Par |

Coup d'éclat le vendredi 29 juin au Corum de Montpellier. On devinait le moment chargé en émotion et en autodérision. La conférence du stage de la Rentrée du Jeune Barreau de Montpellier fut bien au-delà des scénarios les plus fous. Répliques acérées, dialogues subtils…  Le faux procès du réalisateur Claude Lelouch a tenu ses promesses. Et malgré l'adversité d'un contexte législatif flou, par une mise au point bien sentie, le Bâtonnier Bernard Béral s'est dit rassuré par la jeune garde montante et l'esprit de justice qui animera, longtemps encore, les robes noires…

Brillante, collective, joueuse, l’esprit de cohésion, bien encadrée par ses aînés… la jeunesse a su relever le défi. A-t-elle inspiré l’équipe de France la veille du fameux match de coupe du monde France-Argentine ? On pourrait l’imaginer, tant le jeune barreau de Montpellier a en effet ébloui, par sa maturité et sa performance, l’auditoire conquis, réuni le vendredi 29 juin pour la conférence du stage au Corum de Montpellier.

La nouvelle vague du barreau de Montpellier

Tous les deux ans, le Barreau de Montpellier met à l’honneur ses jeunes récipiendaires à l’occasion de la traditionnelle Rentrée solennelle du Jeune Barreau, la très attendue Conférence du stage, qui met en situation les talents en émergence. C’est sous l’intitulé « Le Barreau de Montpellier fait son cinéma » que le Bâtonnier Bernard Béral et son conseil de l’Ordre ont revisité cette année le script d’une institution bien établie. Après une pause à l’opéra Comédie il y a deux ans, retour en 2018 sur la scène de l’auditorium de la salle Pasteur du Corum de Montpellier. Avec une salle quasi comble pour une réalisation savamment orchestrée. Exit aussi les Prix Vincent-Badie ou Lafont, avec à la place deux Prix du Bâtonnier et deux Prix de l’Ordre, qui ont été pour la première fois décernés à quatre lauréats : Fleur Gaborit, Jade Montagné, Bérenger Jacquinet et Clément Billaux.

Montpellier, l’aïoliwood

Pour justifier le choix de la thématique cinématographique, le bâtonnier Bernard Béral, grand cinéphile (et lotophage ? voir ci-après), a argué de l’importance de Montpellier, terre d’accueil de nombreuses fictions et de séries télé. De Candice Renoir à Tandem, des films anciens (L’Emmerdeur avec Jacques Brel) aux plus récents, « Montpellier devient un petit Hollywood-Bollywood, ou Aïoliwood si vous voulez « , a-t-il souri, poursuivant :  » L’idée du faux procès est empruntée à nos confrères du Barreau des Hauts-de-Seine », a précisé le bâtonnier avant de faire entrer l’accusation, la défense et le coupable présumé, à savoir Claude Lelouch. Une adaptation bien menée, un spectacle haut de gamme en 3D, le jeune Barreau a fait le show dans une programmation maîtrisée qui a curieusement davantage séduit par sa théâtralité. La réalité du spectacle vivant face à la virtualité de nos écrans…

 

claude-lelouch-faux-proces-barreau-montpellier-juin-2018
Claude Lelouch et ses avocats de la défense lors de son faux procès organisé par le Jeune Barreau de Montpellier. © HJE 2018, Daniel Croci

Le message d’un réalisateur aux robes noires

Le réalisateur aux 55 films a tenu à délivrer son message à l’assistance  :  » Je suis très heureux d’avoir entendu tout ce que j’ai entendu ce soir. D’abord, après ce que je viens de vivre, ça donne très très envie d’être dans le box des accusés. Je remercie évidement mes avocats, qui ont été infiniment à la hauteur de cette formidable histoire d’amour que j’ai la chance de vivre depuis soixante ans avec le cinéma. Tout ce que j’ai fait depuis soixante ans, je l’ai fait au nom de l’amour, et c’est vrai que l’on fait le même métier. Vous, vous défendez des gens en difficulté, moi je défends la vie avec tous ses défauts, et Dieu sait si elle en a. Et tous ses défauts sont très photogéniques. Heureusement qu’il y a des défauts. S’il n’y en avait pas, vous seriez tous au chômage et il n’y aurait pas un grand film ou un grand livre. Tout ce qui ne va pas, c’est l’incroyable fertilité du chaos qui fait que j’ai eu envie de faire ce métier et que vous (avocats) avez la chance de défendre plein de gens. Je crois que la différence qu’il y a entre vous et moi, c’est que j’ai le droit de faire plusieurs prises, et vous pas. Il est vrai que je me suis battu depuis soixante ans pour défendre la spontanéité. La spontanéité, c’est quelque chose de magique. Elle est à mi-chemin entre le mensonge et la vérité. La vérité, aucun de nous ne la détient. Et dans un monde de tricheurs, de menteurs, la spontanéité est rassurante. Je l’ai défendue effectivement toute ma vie. Je me suis donné beaucoup de mal pour que mes acteurs soient spontanés. Car quand on l’est, on peut dire de grosses bêtises ; elles vous sont pardonnées car c’est le cœur qui parle. Je l’avoue, j’ai fait plus de films pour parler au cœur des gens qu’à leur matière grise. Je trouve que leur matière grise a trop le sens des affaires, alors que notre cœur lui – pour des raisons tout à fait irrationnelles – accélère ou ralentit et nous donne quelque part sa part de vérité ». Puis reprenant le micro, Claude Lelouch a lancé :  » Et surtout, continuez à défendre tous les gens qui ont besoin de l’être ».

Article publié dans son intégralité dans votre espace abonné et dans notre édition print du jeudi 5 juillet 2018, Hérault Juridique & Economique n°3210. Abonnement

...

Article réservé aux abonnés

Édition papier et numérique pour 48 € par an

Commentaires

Vous devez être abonné pour commenter.

Abonnement newsletter

L’actualité juridique et économique de l’Hérault toutes les semaines dans votre boite mail.

En renseignant votre adresse email, vous accepter de recevoir nos derniers articles par email et vous prenez connaissance de notre Politique de confidentialité