Nouveau bâtonnier des avocats de Montpellier / Luc KIRKYACHARIAN, l’interview

Par |
HJE 2013 D Croci

Ouvert, direct, attentif, le nouveau bâtonnier du Conseil de l’ordre des avocats de Montpellier revendique pleinement sa « rusticité de montagnard » dans ses relations confraternelles et professionnelles. Après deux tentatives infructueuses, il se dit heureux de cette prise de fonction qui l’honore, parce qu’au service de ses confrères, de sa profession et du grand public. L’organisation de la convention nationale des Avocats à Montpellier en 2014 sera l’ « énorme » priorité d’un mandat qu’il juge trop court. Et si Luc KIRKYACHARIAN dit ne pas sentir d’attentes révolutionnaires émanant de ses confrères locaux, il réfléchit, dans la transparence, à certains changements qui lui semblent inéluctables. Et s’il se dit très investi localement au service de la profession, il reste attentif et actif face aux réflexions nationales qui vont modeler l’avenir du métier d’avocat. Rencontre…

 » L’énorme priorité qui va coller à mon mandat de 2 ans, c’est l’organisation de la Convention Nationale des Avocats, qui aura lieu à Montpellier en 2014 « 

 

Quelles seront les priorités de votre mandat ?

Le bâtonnier Luc KIRKYACHARIAN : “ L’énorme priorité qui va coller en termes de calendrier à mon mandat de 2 ans, c’est l’organisation de la Convention Nationale des Avocats, qui aura lieu à Montpellier en 2014. Un mandat court d’ailleurs. Je trouve que pour qu’un bâtonnier fasse quelque chose, il lui faudrait deux ans renouvelables, trois ou quatre ans… Il faudrait une réforme. On ne peut pas le décider ; réglementairement c’est la loi. Nous organisons quand même avec un mandat court, non pas une forme d’impuissance, mais une vraie difficulté dans la mise en oeuvre de choix et de priorités. Il est clair que ce mandat est trop court, quelle que soit la personnalité du bâtonnier, pour que l’on puisse vraiment inscrire une marque spécifique. Modestement, j’essaierai de faire aussi bien que mes prédécesseurs. Je n’ai pas le sentiment qu’il me soit par ailleurs demandé de faire la révolution. Et je ne vois pas quelle serait la révolution à faire. ” Vous avez pris vos fonctions le 1er janvier dernier.

“ Nous étions le 8e barreau de France.
Avec 1 000 avocats inscrits, Montpellier
est désormais le 8e plus. ”

Quels sont vos sentiments, de l’intérieur du Conseil de l’Ordre ?

Luc KIRKYACHARIAN : “ Globalement, ce qui est fait sur le plan ordinal est plutôt bien fait.Avec notamment un personnel interne à la Maison des Avocats qui est archispécialisé. Nous gérons un budget de l’État – c’est l’aide juridictionnelle, la garde à vue… Nous procédons à des désignations, à des redésignations… il y a beaucoup de travail fait par cette “ maison ” pour que nous contribuions à faire fonctionner aussi le service public. Les avocats, à titre personnel, ont souvent dans leur pratique des obligations qui s’approchent de cette mission de service public, voire qui se confondent avec cette mission… Mais l’Ordre en tant que tel, gérant l’argent redistribué dans l’aide légale, doit inscrire des compétences et des forces. C’est cela d’abord, le travail du bâtonnier. C’est celui qui ne se voit pas. Mais c’est aussi permettre à des gens très différents – car nous sommes depuis peu plus de 1 000 avocats à Montpellier – de travailler, de réfléchir et de proposer ensemble. Le seuil de 1 000 avocats va d’ailleurs entraîner une élection supplémentaire pour nommer trois conseillers de l’Ordre supplémentaires à très brève échéance, en mars prochain. Nous étions déjà le 8e barreau de France ; nous sommes aujourd’hui le “ 8e plus ”.

« L’année dernière, nous avons effectué plus de 170 visites domiciliaires. C’est considérable en termes de temps passé, d’énergie et de gestion administrative… »

Être bâtonnier, c’est aussi faire travailler ensemble des talents et des compétences. Ce n’est pas seulement assurer la police des relations qui existent, mais aussi faire fonctionner les gens en intelligence. Un exemple : quand un avocat s’installe ou quand un jeune avocat crée un contrat de collaboration, il entre dans nos missions de faire une visite domiciliaire pour savoir dans quelles conditions il exerce. C’est la partie administrative de la fonction de bâtonnier ; elle est essentielle. Le public ne le voit pas, mais on fait aussi cela d’abord pour le public. La visite domiciliaire est faite par un des membres du Conseil de l’Ordre. L’année dernière, nous avons effectué plus de 170 visites domiciliaires. C’est considérable en termes de temps passé, d’énergie et de gestion administrative. Le Conseil a pris une délibération il y a 8 jours, validant un système déclaratif qui oblige à détailler les conditions de la collaboration. Nous conservons les visites domiciliaires pour les nouvelles installations. Des visites impromptues seront également organisées. Il y a là pour le bâtonnier un exercice d’équilibre entre l’obligation qui est sienne – et qui correspond à ma philosophie – de respecter l’exercice
indépendant, et l’obligation de mettre en place des disciplines et de réfléchir à la nécessité absolue de réserver pour la profession la spécificité du contrat de collaboration, en rejetant tout risque de requalification de ces contrats de requalification en contrats de travail. Je pense d’abord aux jeunes, parce que le contrat de collaboration est d’abord un mode d’insertion et de découverte du métier ; un mode de formation. ”

Vous avez déclaré vouloir travailler dans la transparence…

Luc KIRKYACHARIAN : “ La transparence a quelques inconvénients, mais elle n’en a pas plus que l’opacité. J’ai tendance à penser que l’opacité sur nos modes de fonctionnement, sur l’organisation de la
profession d’avocat, sur le “ combien ça coûte ”, a beaucoup d’inconvénients. C’est un parti pris. Je pense que la discrétion est rarement la bonne méthode ; c’est peut-être dû à ma rusticité de montagnard.

Quelle sera l’incidence de l’organisation de la convention nationale ?

Luc KIRKYACHARIAN : Nous avons une obligation de résultat pour cette convention nationale, qui sera organisée en octobre 2014 à Montpellier. C’est un événement important auquel assisteront vraisemblablement le président de la République, le ministre de la Justice… et au moins 6 000 avocats et leurs accompagnants. Cela constitue un choc touristique dont la région a bien besoin. C’est un événement politique majeur pour la profession, puisqu’elle est, à cette occasion, force de proposition. Tout le Conseil de l’Ordre est impliqué dans la réussite de cet événement, sans possibilité de retrait. C’est une véritable mobilisation… ”

« Je suis pour que l’on réforme le cursus
de formation initiale… »

Quelle est la situation de la profession sur le barreau de Montpellier ?

Luc KIRKYACHARIAN : Il y a une quinzaine de cabinets d’avocats en situation vraiment critique, et une cinquantaine pas loin derrière… C’est-à-dire des confrères qui vivent difficilement financièrement, mais aussi psychologiquement. Ils sont très éprouvés. Cette proportion de confrères n’est pas marginale. Elle est significative, malgré le fait que le revenu moyen de la profession se soit statistiquement élevé ces dernières années. Concernant le nombre grandissant de confrères, je ne crois pas au postulat selon lequel on doit garantir le libre accès à la profession. Parce que ce que l’on doit garantir, c’est de vivre décemment de son métier. Il y a bien sûr l’attrait pour notre région, le positionnement à Montpellier de l’École de formation pour le sud de la France (EFACS)… L’EFACS doit d’ailleurs revoir le contenu de ses formations pour rester attractive et répondre plus précisément aux attentes spécifiques des avocats spécialisés. Mais la situation est surtout due à la crise. Pourtant, je serais pour que l’on réforme le cursus de formation initiale, que l’on réforme le pré-CAPA… Il existe une position qui se discute en ce moment au niveau national, au niveau du CNB, à laquelle je participe, qui consisterait à réduire la formation initiale à un an, avec pour condition à l’accès au diplôme, un stage rémunéré d’une durée de 6 mois. Autrement dit : pas de stage rémunéré de 6 mois, pas de poursuite du cursus. On constituerait à l’intérieur de la formation un outil sélectif, un mode de régulation encourageant la mobilité, le stage pouvant être accompli sur l’ensemble du territoire national, pas seulement à Montpellier. C’est à mon sens la meilleure réforme que nous puissions faire. Elle pourrait être mise en place dans les mois qui viennent.

On vous dit l’avocat des salariés, plus passionné par l’action locale que par les causes nationales…

Luc KIRKYACHARIAN : “ Peut-être, quand j’étais jeune avocat… Je laisse dire et je ne vais pas contre. C’est comme en montagne, je préfère ne pas m’attarder. Quand on a un but collectif à défendre, il vaut mieux avancer. Je m’inscris dans un souci quotidien de défense de mes confrères. C’est une approche que je développe depuis longtemps parce que je considère que j’appartiens à une vraie famille. Aujourd’hui, je revisite aussi mon métier, parce qu’étant archispécialisé, je redécouvre, au travers de ce bâtonnat, des pans entiers d’un métier qui m’a fait. J’y trouve aussi un intérêt personnel, presque égoïste, une jouissance incommensurable qui tranche avec la sinistrose ambiante et la chape que constituerait cette fonction. Même si c’est un peu sacrificiel sur le plan personnel, ce que je puis dire, c’est que je suis un bâtonnier heureux. ”

 

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