Portrait / Le bâtonnier montpelliérain Gérard CHRISTOL

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Article de Yves TOPOL publié dans l’Hérault Juridique & Economique n°2875. ABONNEMENT

 

Le bâtonnier Gérard CHRISTOL n’a pas caché pas sa surprise lorsqu’il a appris qu’il était choisi comme parrain de la promotion d’élèves-avocats :

“ J’ai d’abord cru à une plaisanterie, car je pensais que ce parrainage était réservé à des personnages ultra-célèbres dans l’histoire du barreau. Et on m’a dit que les élèves préfèrent choisir maintenant des gens de proximité, qu’ils connaissent. Bien entendu, j’ai été très sensible à leur choix et à leurs motivations ”.

Lui qui a prêté serment en 1965, puis a été successivement bâtonnier en exercice en 1993 et 1994, président de la Conférence des bâtonniers de France et d’outre-mer en 1998 et 1999 et vice-président du Conseil National des Barreaux de 2000 à 2002, avance de manière un peu surprenante :

“ Je dis souvent que j’ai vécu trois siècles de la profession d’avocat ”. A la fin des années 60, les relations entretenues par les avocats avec les magistrats et la clientèle étaient pratiquement les mêmes qu’un siècle auparavant, explique-t-il. Au début des années 70, marquées par la suppression de la fonction d’avoué d’instance, c’est là, pour moi, qu’a commencé le XXe siècle de la profession d’avocat. Car nous avons immédiatement dû assumer des tâches nouvelles et ainsi concevoir différemment la gestion et le travail ”.

Puis, dès les années 90-92, s’amorce l’entrée dans le XXIe siècle, marquée par la fusion des professions de conseil et d’avocat, ainsi que par la création du Conseil National des Barreaux. Cette même époque voit en parallèle à la fois l’accélération phénoménale de l’ensemble des moyens techno logiques (Internet, multimédia, gestion informatisée…) et la véritable entrée en scène de l’Europe.

“ Ainsi, alors qu’à la fin des années 60 nous vivions encore dans la douceur intra-utérine de l’enceinte des palais de justice, nous avons voulu aller au monde et sortir du palais pour pratiquer le droit, le plus souvent sans robe ”, résume le bâtonnier Gérard CHRISTOL.

Avocats de l’être et avocats de l’avoir

La profession d’avocat a ainsi profondément muté en quelques décennies, et en simplifiant quelque peu,

“ on peut effectuer aujourd’hui la distinction entre les avocats de l’être et les avocats de l’avoir, analyse le bâtonnier Gérard CHRISTOL. Les premiers, les plus sensibles aux parcours individuels et à tout ce qui touche directement à l’humain, se spécialisent dans le droit de la famille, le pénal… Les seconds sont les avocats d’affaires ”.

Pour lui, à la limite, la problématique de la profession tient dans la question :

“ Comment réussir la très difficile synthèse entre les nouveaux golden boys, qui peuvent avoir des honoraires faramineux à la suite d’affaires aux enjeux financiers colossaux, et les disciples de l’abbé Pierre, souvent payés par l’Etat avec des salaires de misère ? ”.

Dans ces conditions, quel message peut-on transmettre aux jeunes avocats ?

L’avocat montpelliérain avance : “ Je dis souvent aux jeunes confrères que la profession deviendra ce qu’ils en feront. Et j’ajoute comme conseil le maître mot pour moi ; celui qui nous unit tous en dépit des profondes différences : restez libres et indépendants ”. (Y.T.)

© Hérault Juridique & Economique 2012

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