Election au CNB : l’avis de Charles Zwiller, past-président de l’Union des jeunes avocats de Montpellier

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Me Charles Zwiller.
Me Charles Zwiller.

Après des mois difficiles marqués par un mouvement de contestation inédit contre un projet de réforme des retraites, puis par la crise sanitaire et le confinement ayant frappé durement les avocats au plan économique, la Fédération Nationale des Unions de Jeunes Avocats (FNUJA) présente une liste aux élections du Conseil National des Barreaux, et une candidate au Conseil de l’Ordre du Barreau de Montpellier. Charles ZWILLER, président 2017 de l’Union des jeunes avocats de Montpellier et figurant sur la liste de la FNUJA, évoque les enjeux de ces élections du 24 novembre.

Qu’est-ce que l’UJA ?

« Les Unions des jeunes avocats sont localement implantées auprès de 130 barreaux français et ont vocation à faciliter le début d’exercice des jeunes avocats et de leur prêter assistance par tous moyens, à favoriser les liens entre avocats de tous âges et plus généralement promouvoir la profession d’avocat. L’UJA de Montpellier a été créée en 1971 et est actuellement présidée par maître Doaä BENJABER, candidate le 24 novembre au conseil de l’Ordre du Barreau de Montpellier.

Les UJA sont regroupées au plan national au sein de la FNUJA (Fédération Nationale des Unions des Jeunes Avocats), syndicat apolitique créé en 1947 et aujourd’hui premier syndicat d’avocats en France, actuellement présidé par maître Catheline MODAT, avocate au Barreau de Paris.

Au plan local et national, les UJA présentent des élus, dont la limite d’âge est statutairement fixée à 40 ans, au sein de toutes les instances techniques ou représentatives (Ordres, CARPA, CNBF, Conseil national des Barreaux). »

Où en est l’UJA de Montpellier aujourd’hui ?

Charles Zwiller : « Toujours aussi active et investie au plan local pour les jeunes avocats ! Depuis sa création à Montpellier, notre syndicat – apolitique – n’a jamais cessé de remplir ses missions d’aide et d’assistance aux jeunes confrères : accompagnement, formation, renforcement du lien social, et malheureusement parfois, soutien dans le cadre des difficultés rencontrées dans l’exercice de leur contrat de collaboration.

2020 a été une année particulièrement riche. Notre action a été essentiellement marquée par notre mouvement de contestation du projet de réforme des retraites, au cours duquel nous avons pris part à l’ensemble des manifestations et mobilisations au sein ou au soutien du Conseil de l’Ordre. Puis, durant le confinement, nous avons informé les confrères sur les aides financières dont ils pouvaient bénéficier, et sur les droits et devoirs des collaborateurs notamment en ce qui concerne le télétravail, la rémunération ou les congés. Il nous fallait bien un bureau composé de 14 avocats pour tout mener de front. Malheureusement, nos activités plus conviviales n’ont pas pu être organisées, mais nous espérons pouvoir nous rattraper dès que possible ! Nous avons néanmoins coorganisé le débat des candidats au bâtonnat, ainsi que nos formations habituelles au bénéfice des élèves avocats et des nouveaux inscrits.

Les avocats de l'UJA Montpellier.
L’équipe de l’UJA Montpellier.

L’UJA de Montpellier institutionnalise son investissement et souhaite porter ses convictions plus loin : la présidente sortante, Doaä BENJABER, se présente aux élections du Conseil de l’Ordre du Barreau de Montpellier, et je figure pour ma part sur la liste de la FNUJA aux élections du Conseil National des Barreaux.

La profession d’avocat est de plus en plus en jeune, et selon moi, la représentation locale et nationale ne reflète pas suffisamment les membres qui la composent.

En France, un avocat sur deux a moins de 40 ans, et la composition du conseil de l’Ordre doit tendre vers cette réalité, de la même manière qu’il y a trop peu d’avocats collaborateurs (le mode d’exercice habituel lorsque l’on débute dans la profession) qui siègent au conseil – nous étions 2 sur 24 élus en 2020.

Le même constat peut être fait dans la représentation nationale. Forte de son ancrage local, l’UJA de Montpellier souhaite afficher, par l’intermédiaire de ma présence sur la liste de la FNUJA, les valeurs de son syndicat et les couleurs de son barreau au Conseil National des Barreaux. »

Quel est votre sentiment sur l’avocat conseil en entreprise ?

Charles Zwiller : « Attention à bien distinguer l’avocat conseil d’entreprise de l’avocat en entreprise.

Les avocats conseils d’entreprise, autrement dit les conseils juridiques, constituent une frange importante de la profession et représentent une force économique importante via le « barreau d’affaires », au sein duquel les jeunes avocats ont d’ailleurs toute leur place. Le tissu économique s’affaiblit et il faut que les avocats osent innover, diversifier leur activité, investir les outils numériques pour conquérir de nouveaux marchés et rebondir après une période difficile : c’est d’ailleurs une partie du programme de la FNUJA.

En revanche, l’avocat salarié en entreprise est un statut que le gouvernement cherche à nous imposer, mais qui est actuellement rejeté par la profession, car incompatible avec un principe essentiel auquel les avocats sont farouchement attachés : l’indépendance de l’avocat. Il est absolument impossible de concilier l’indépendance de l’avocat, qu’elle soit économique, morale ou intellectuelle, et qui constitue le socle de notre déontologie, avec un statut qui consisterait à être placé sous un lien de subordination hiérarchique avec son client. Dans le cadre des discussions sur la réforme – nécessaire – de l’aide juridictionnelle, notre garde des Sceaux a récemment essayé d’imposer, en contrepartie, l’expérimentation de ce statut. Le procédé est déloyal, et que ce soit bien clair : la profession et la FNUJA sont radicalement opposées au statut de l’avocat salarié en entreprise et se battront contre sa création, pour défendre notre indépendance. »

Comment voyez-vous le futur de la profession d’avocat ?

Charles Zwiller : « Il ne faut pas être alarmiste, mais la profession se paupérise, notamment en province, et ce déclin ne date pas de la crise sanitaire. Nous connaissons effectivement une période difficile, et pour rebondir, il faut conquérir. Partout où il y a du droit, il doit y avoir un avocat ! J’ai la conviction profonde que les avocats sont les maîtres de leur avenir et que nous pouvons, avec une représentation nationale unie, dynamique et audacieuse, fortifier et pérenniser la place de l’avocat dans la société. Les activités accessoires se développent, mais nous sommes encore trop timides. La profession continue en outre à se rajeunir, et ne doit en outre pas rater le tournant de la digitalisation, du numérique et de l’innovation, que la commission numérique du CNB, présidée par une élue FNUJA, a largement amorcé. »

Quels sont les principaux points du programme de la FNUJA pour l’élection au CNB ?

Charles Zwiller :« La FNUJA s’est constitué au fil des années une doctrine solide qui n’est pas déconnectée des réalités concrètes en raison des courroies de transmission que constituent les UJA locales, et qui, grâce au caractère apolitique de notre syndicat, n’est guidée que par le seul intérêt des confrères et de la profession.

Nous aurons tout d’abord à cœur de poursuivre notre combat contre le projet de régime universel des retraites, qui va nécessairement revenir sur la table : nous exigeons le retrait de cette réforme injuste et inégalitaire, dans lequel les femmes et les plus faibles sont particulièrement pénalisés.

La FNUJA continuera également à défendre la profession contre toutes les attaques dont elle fait l’objet, et notamment à l’encontre de l’indépendance de l’avocat ou de notre secret professionnel, et nous poursuivrons la défense de la place de l’avocat contre les braconniers du droit pour sauvegarder notre périmètre.

Pour répondre à la crise économique et à la nécessité de repenser la structuration de notre chiffre d’affaires, la FNUJA se positionne en faveur de la rémunération de l’apport d’affaires (dans des conditions strictement encadrées, seulement entre avocats, ou entre avocats et professions réglementées), sans négliger le développement des activités accessoires qui doivent nous permettre d’investir de nouveaux marchés.

Il faut bien sûr continuer à promouvoir et fidéliser le rôle du collaborateur, modalité d’exercice prépondérante, tout en valorisant son activité dans le développement du cabinet, les deux ayant un intérêt commun à une relation épanouie et réussie.

Enfin, et comme depuis toujours, nous aurons à cœur de continuer à défendre l’égalité entre les confrères et lutter contre les discriminations. »


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