Incubateur du Barreau de Montpellier, Bernard Béral : « Il faut être présent »

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© Archives HJE, Daniel Croci

Fin 2017, le Conseil de l’Ordre du Barreau montpelliérain a validé la création de son incubateur, l'IdBM, qu'il lance officiellement le 12 octobre prochain. Après Paris, Marseille, Lyon et d’autres métropoles de France, Montpellier rejoint ainsi le mouvement national, accompagné par le réseau national des Incubateurs des Barreaux. Entretien avec le Bâtonnier Bernard Béral.

Lire aussi : Le Barreau de Montpellier lance son incubateur (IdBM)

HJE : Pourquoi entreprendre cette démarche de création d’un incubateur ?

Bernard Béral  : « C’est dans l’air du temps. Les grands barreaux de France se sont lancés dans cette aventure visant à favoriser la création d’incubateurs. Un terme qui peut surprendre et peut être difficile à cerner par les avocats eux-mêmes et même parfois par les bâtonniers. Mais c’est quelque chose qui est souhaité et voulu par une partie de la profession. C’est la raison pour laquelle le barreau de Montpellier s’est mis en marche pour créer son incubateur. Beaucoup de jeunes avocats pensent qu’il faut favoriser l’innovation dans différents secteurs et en particulier dans le monde du droit, pour faire en sorte que la profession ne soit pas mise de côté dans la gestion du droit par le numérique. La difficulté est qu’il y a de plus en plus de start-up qui se créent sur la toile, les fameuses Legal Tech. Elles proposent des services aux justiciables mais ne sont pas toujours créées par des juristes. Sur Montpellier, des avocats ont décidé, pour certains, de quitter la profession pour se consacrer à 100 % à leur Legal Tech. Il m’apparaît important que les avocats et les Ordres soient présents pour que le justiciable ait véritablement face à lui des avocats à même de résoudre ses problèmes mais avec de nouvelles façons innovantes de traiter les dossiers, d’appréhender la relation avec le droit. Il faut essayer de promouvoir ce genre d’attitude. Le fait que soit apposée l’estampille de l’Ordre des avocats, de Montpellier ou d’ailleurs, ne peut être que positif et rassurer les partenaires financiers qui permettent la création de ce type d’entreprise et, au final, l’utilisateur. »

Le risque n’est-il pas de casser les codes de la profession ?

« Si l’on ne casse pas les codes nous-mêmes, certains le feront à notre place. Et je pense fortement que ces codes seront cassés, au propre comme au figuré. Si on laisse trop s’implanter des sociétés qui proposent des choses exceptionnelles, incroyables, et que la profession n’est pas capable de réagir ou d’accompagner ce mouvement, le marché du droit sera à terme géré par des sociétés Internet sur lesquelles nous n’aurons aucune lisibilité ni visibilité. Avec tout ce que cela sous-tend en termes de responsabilité civile. Il faut être présent ! C’est aussi permettre à des personnes compétentes dans la création d’entreprise, dans l’innovation et dans le numérique de nous confronter au principe de réalité. Notamment pour des avocats qui voudraient se lancer dans une Legal Tech sans en mesurer les tenants et les aboutissants. Et participer au réseau national des incubateurs des barreaux, c’est aussi accéder à une vision globale de l’évolution de ce marché en émergence. »

La dématérialisation de la Justice, la nécessaire mobilité et les changements d’usage obligent-ils à cette mutation ?

« Certains diront, vous êtes en train de favoriser ce contre quoi nous avons lutté au printemps dernier*. Mais l’un n’est pas contradictoire avec l’autre. On peut maintenir une justice classique de proximité conservant le caractère humain nécessaire à toute relation professionnelle, un caractère fondamental dans le domaine du droit. Mais parallèlement, il faut faire en sorte que de nouvelles façons d’aborder la gestion du droit puissent émerger et faciliter l’acte d’exercer au quotidien, tout en donnant davantage de sens à notre action. Comme par exemple en croisant les domaines du droit et ceux de l’écoresponsabilité et de l’éthique. Un exemple : offrir des consultations dans un cabinet d’avocats aux citoyens qui agissent de manière écologique et/ou équitable. Pourquoi pas ? Cela peut paraître bizarre, mais ce sont des propositions qui se font jour. Il y a des pistes à explorer. Notre profession est en pleine évolution, voire révolution. Il faut réfléchir à ce qui peut être réalisable et ce qui ne peut l’être. L’incubateur va aussi servir à cela. Les personnes qui participent à l’association porteuse de l’incubateur sont réellement motivées dans ce sens. J’invite d’ailleurs les avocats du Barreau à participer activement au colloque inaugural du 12 octobre (Voir le programme de cette journée). C’est une première, et j’espère que ce projet portera ses fruits. »

Quel est le taux d’acceptation du numérique dans le Barreau par vos confrères ?

« Tout dépend de ce que l’on appelle le numérique. Quand il est bien réfléchi, fonctionnel et déontologiquement compatible, la profession l’accepte. Après des débuts compliqués, le réseau privé virtuel avocat, RPVA, est par exemple, particulièrement bien accepté et utilisé par les confrères et consoeurs. Son usage correspond à un gain de temps et donc d’argent avec une simplification de l’exercice de notre profession. L’adhésion des avocats du Barreau est quasiment de 100 %. Mais il ne faudrait pas tomber dans le travers de vouloir tout résoudre par le numérique, la dématérialisation ou les algorithmes. Ce n’est pas acceptable. Il faut conserver cette part d’humanité qui fait la grandeur de la Justice. »

Propos recueillis par Daniel CROCI

* Manifestation contre la réforme de la Justice.


Dans son édition Print de ce jeudi 27 septembre, l’Hérault Juridique & Economique publie un dossier spécial sur le futur incubateur du Barreau de Montpellier. Un colloque inaugural est organisé le 12 octobre prochain à la Maison des Avocats de Montpellier pour le lancement officiel de l’IdBM (Voir le programme de cette journée). A travers une série d’interviews, l’Hérault Juridique & Economique dresse le portrait et les perspectives de ces incubateurs spécialisés autour des Legal Tech, et qui s’organisent désormais en réseau national (lire l’article).

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