L’interview : Mélanie Parnot, présidente de l’Incubateur du Barreau de Montpellier (IdBM)

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Avocate au Barreau de Montpellier depuis 2003, conseillant des entreprises innovantes, dont les start-up et les entreprises de l’économie sociale et solidaire qui sont aussi souvent porteuses d’innovation, mais cette fois-ci sociale, Mélanie Parnot a su mobiliser le Barreau de Montpellier autour du projet de création de l’IdBM. L’association éponyme qui porte le projet et dont elle est la présidente regroupe à ce jour une quarantaine de membres. Un colloque inaugural sur les Legal Tech et l'IdBM est organisé le 12 octobre… Entretien.

HJE : Quelle est l’origine du projet de l’incubateur de Montpellier ?

« Par l’exercice de mon activité, j’ai effectivement développé une acculturation progressive aux thématiques de l’innovation aussi bien technologiques que sociales. Lorsque j’ai vu émerger ces incubateurs et notamment celui du Barreau de Paris en 2014, cette démarche m’a semblé particulièrement pertinente. L’initiative parisienne s’est depuis développée avec le mouvement national des incubateurs des barreaux qui s’est propagé aux grandes métropoles françaises… L’idée de proposer au Barreau de Montpellier la création d’un incubateur est née d’une conversation que j’ai eue avec Elodie Manonviller, ancienne clerc d’avocat, devenue consultante en communication et réseaux sociaux pour les avocats. Nous évoquions la récente création d’incubateurs dans plusieurs Barreaux de France et leur rôle. Avec une évidence : un incubateur de Barreau manquait à Montpellier. Le Bâtonnier Bernard Béral (lire son interview) a immédiatement soutenu l’idée d’une telle structure portée par le Barreau de Montpellier. Nous travaillons sur sa formalisation depuis septembre 2017. La décision de sa création a été soumise au conseil de l’Ordre des Avocats en octobre 2017, et celui-ci a validé à une très large majorité la création d’un incubateur sous la forme associative. »

« Le Barreau lance un mouvement d’innovation déontologiquement compatible avec notre culture d’avocats… »

Contrairement aux autres incubateurs de barreaux existants, vous avez choisi le statut associatif Loi 1901. Pourquoi ?

« Le choix de la forme associative est un format inédit puisqu’il n’existe pas ; c’est une première en France. Pour la création de cette structure, le réflexe a été de se mettre en relation avec les incubateurs de barreaux et d’autres créés hors champ juridique. Très logiquement, nous nous sommes retrouvés dans le mouvement national des incubateurs des barreaux, qui regroupe à ce jour une dizaine de structures. La réflexion autour de la forme juridique a été importante. Les autres incubateurs existants ont tous été créés sous la forme de commissions ou d’émanations au sein des barreaux. L’idée de tester une forme associative nous a semblé intéressante pour innover dans la manière d’aborder la création et l’animation de ce nouveau type d’incubateur. Ce statut ouvre également des possibilités aussi bien partenariales que financières (NDLR : subventions) de développement et de pérennité, tout en étant clairement une association dont les membres principaux sont l’Ordre des Avocats de Montpellier, l’Ecole des Avocats (EDA) et l’UJA (Union des Jeunes Avocats). Le Bâtonnier est membre de droit, comme l’Ordre… Ils sont présents au conseil d’administration, et l’obligation de respecter notre déontologie est précisée dans nos statuts. »

Qu’est-ce qu’un incubateur de barreau et quels sont ses objectifs ?

« L’identité des incubateurs de barreaux est à construire. C’est la première question sur laquelle l’équipe a planché. Les avis étaient divers. D’autant plus qu’il n’y a pas de définition officielle. Si l’on s’en tient à l’objet social, la mission de l’IdBM est de promouvoir par tous les moyens tout type d’innovation ayant pour finalité l’amélioration de l’exercice de la profession d’avocat et plus généralement l’accès au droit. Les deux objets sont cumulatifs. Notre objectif principal est de promouvoir et d’accompagner l’innovation dans la profession d’avocat au service de l’accès au droit à travers deux composantes : l’innovation technologique (Legal Tech) mais aussi l’innovation sociale (Legal Social). Concrètement, nous voulons développer l’incubateur sur trois axes : l’acculturation des avocats à l’innovation, être moteur dans l’émergence d’innovations au sein du Barreau de Montpellier, et soutenir les innovations qui sont implantées sur le territoire du Barreau. Si des projets sont en lien avec notre objet social, nous pourrons à l’avenir être un soutien à ces innovations par la diffusion de l’information auprès des confrères et consoeurs, en donnant notre avis sur la pertinence du projet, qui pourrait aller vers une forme de labellisation ; mais également par le contrôle de la conformité de ces innovations avec la déontologie de la profession. Ce qui nous différencie aussi des autres incubateurs de barreaux au-delà de la forme juridique, c’est la volonté affichée d’aller vers des thématiques en lien avec l’innovation sociale. Par exemple, utiliser des outils d’innovation managériale au service des avocats, comme le codéveloppement, ou encore réfléchir à la création d’un espace de coworking pour la profession… »

Vous parlez d’acculturation…

« L’idée n’est pas de remplacer une culture, celle de l’avocat, par une autre, celle de la pure technologie, mais de conserver l’identité de la profession d’avocat, qui est au service de l’accès au droit, donc de la démocratie. Il s’agit davantage de l’enrichir par des éléments de réflexion liés à une culture de l’innovation qui peut tout à fait s’articuler avec celle, bien établie, des avocats. Il faut avoir l’humilité de se dire que si notre culture professionnelle existe, c’est qu’elle a du sens. En même temps, il est nécessaire que notre culture d’avocats reste en cohérence avec le mouvement général de la société. »

Dans les faits, que va proposer cet incubateur ?

« Un incubateur de barreau est un outil qui permet de lancer un mouvement d’innovation par le biais de rendez-vous informatifs réguliers, de soutien de projets et peut-être un jour dans un lieu physique et identifié dédié à l’accompagnement ; mais aussi par des formations sous des modalités inhabituelles et complémentaires à celles existantes. C’est également un laboratoire qui va initier, tester des concepts et recueillir les idées pour les confronter et les faire évoluer. Ce sera à la fois un lieu de réflexion et d’échanges, et un lieu de promotion, pour initier et diffuser ces informations et projets. Aujourd’hui, c’est une équipe qui a pour fonction de créer cette énergie. Elle va à la fois pouvoir acculturer et faire émerger l’innovation, et soutenir et faire vivre les projets innovants qui peuvent améliorer l’exercice de la profession d’avocat. Comme dans tout secteur d’activité, pour innover efficacement, vous devez avoir un outil proactif permettant de produire un terrain favorable à la créativité, au risque sinon de voir l’innovation ne pas se développer et rester marginale. »

L’inauguration officielle de l’IdBM prend la forme d’une journée de conférences, débats et ateliers le 12 octobre prochain…

« Ce sera notre premier rendez-vous officiel avec nos confrères et consoeurs, qui sont bien sûr invités à venir nombreux à la Maison des Avocats de Montpellier, pour ce colloque inaugural particulièrement riche et ambitieux. Le programme sera dense. Avec en matinée des conférences données par des spécialistes de l’innovation et des Legal Tech. Ces intervenants de grande qualité viendront pour certains spécialement de Paris, Marseille, Lyon et Bruxelles. Les conférences du matin sont organisées sur différentes thématiques dont l’intelligence artificielle et le droit par exemple ; des ateliers pratiques ou de réflexion sont prévus l’après-midi avec des intervenants tout aussi prestigieux comme Sandrine Vara, présidente de la commission numérique du CNB, Thomas Saint-Aubin et Didier Ketels, références européennes du langage clair, ou encore Lise Damelet, pionnière dans la mise en place des incubateurs de barreaux. » (Voir et télécharger le programme détaillé du colloque inaugural).

Propos recueillis par Daniel CROCI


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