Centre-ville de Montpellier, La Grande-Motte : les usagers font entendre leur voix

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La fréquentation entre le centre commercial Le Polygone et la Place de la Comédie atteint les 100 000 piétons le samedi. © Jean-Paul Viguier

Deux associations lancent simultanément des alertes et expriment leurs inquiétudes : la FADUC à Montpellier estime que le commerce de centre-ville est en déshérence, alors que La Vigie citoyenne à La Grande-Motte s'interroge sur le projet de rénovation et d'extension portuaire… Avec pour toile de fond les élections municipales de 2020.

Alain Simon, président de la FADUC (Fédération des associations de commerçants, d’usagers et de consommateurs du grand Montpellier) du Languedoc-Roussillon, et Franck Gintrand, délégué de l’Institut des Territoires (association qui s’intéresse à la promotion de la valeur ajoutée territoriale dans tous les secteurs de l’économie) et directeur général de Global Conseil, ont présenté, le 2 avril, les résultats d’une étude sur le commerce à Montpellier et l’incidence des mètres carrés commerciaux accordés par la CDAC. La Commission départementale d’aménagement commercial de l’Hérault a ainsi « validé » entre 2015 et 2018 plus de 130.000 m2 de surfaces commerciales nouvelles ou de substitution sur la métropole, qui s’ajoutent aux 65.500 m2 de 2015 pour la réalisation d’un nouveau centre commercial au sud de la ville – ODE à la Mer, groupe Frey – aux 8.900 m2 de 2016 aux 14.500 m2 de 2017 et aux 39.000 m2 accordés en 2018.

L’extension d’Odysseum

La Faduc s’inquiète du cumul de ces surfaces établies en périphérie, et notamment de la récente extension du centre ludo-commercial Odysseum. Elle porte sur plus de 12 980m² composés de 5 moyennes unités : 6.400 m² (Primark), 890 m², 1.550 m², 420 m² et 590 m² ; l’extension de H&M sur 1400 m² et de Sephora sur 260 m², ainsi que la création de 1.420 m² comprenant 8 boutiques, et 4 kiosques d’une surface totale de 50 m². La surface totale de vente du centre commercial passant de 29.700 m² à 42.680 m². De son côté, Le Polygone, situé en centre-ville, a obtenu de la CDAC (cf 18/10/2018) la réalisation d’un ensemble commercial par extension de 788 m² de la surface de vente du magasin Zara, spécialisé en équipement de la personne, portant la surface totale de 935m² à 1.981m².

Quid des commerces de centre-ville ?

La Faduc avance également un taux de vacance pour le commerce de centre-ville de 14,38 % (le seuil critique se situant à 10 %). Selon nos sources, il voisinerait toutefois autour des 7 % dans l’hyper-centre. Ce phénomène touche d’ailleurs d’autres villes méditerranéennes comme Marseille (15 %). A travers l’association, les commerçants adhérents expriment aussi leurs vives interrogations sur la réflexion urbanistique menée par la ville qui conduirait, avec la réalisation de la ligne 5 de tramway (voir notre article), à la fermeture de l’avenue Clemenceau et du tunnel de la Comédie (lire notre article : « Place à tous » : Montpellier repense son centre-ville). « Quel serait l’impact sur le parking du Polygone (60 % de la clientèle qui se rend en centre-ville), en termes de fréquentation, si les accès sont limités ? » a estimé Jean-Pierre Touchat, le président du syndicat des halles et marchés. La demande de labellisation Architecture contemporaine remarquable pour l’ancienne mairie jouxtant le centre Polygone est également dénoncée. Elle bloquerait tout projet de requalification urbaine et commerciale, selon l’association. Une autre inquiétude pointe pour les commerces de bouche et alimentaires, l’investissement important de certaines enseignes (Intermarché, Système U…) dans des moyennes surfaces en centre-ville compliquant davantage l’équilibre commercial entre boutiques indépendantes et enseignes de la distribution.


Lire aussi notre article : Richard Thélène : « Une demande en forte mutation concernant les locaux d’activité et commerces »


La Vigie Citoyenne veut réaménager le projet de ville-port de La Grande-Motte

La Vigie Citoyenne indique avoir pour « seul » objectif de « défendre l’œuvre de Jean Balladur et l’identité urbaine, architecturale et environnementale de la ville de La Grande-Motte ». Elle revendique un millier d’adhérents qui entendent « sauvegarder le patrimoine exceptionnel de cette station de bord de mer ». Elle organise ce vendredi 5 avril 2019, de 18 h à 20 heures, dans la salle de réunion de Haute Plage, une réunion publique concernant le projet ville/port de La Grande-Motte (lire notre article) et appelle les habitants à se mobiliser contre ce projet. La réunion sera animée par son président Daniel Jourde.

L’interprétation du projet Ville/Port par l’association La Vigie Citoyenne.

L’unité de construction de catamarans

La Vigie Citoyenne conteste notamment le développement de l’activité industrielle nautique. Le projet comprend en effet la création d’une unité de construction de catamarans (groupe Grand Large Yachting : Outremer et Gunboat) :  » La Grande-Motte n’a pas vocation à devenir « une ville d’industrie nautique ». Mettre au cœur du port, sur l’espace Baumel élargi et sur 11 mètres de haut (équivalent de 4 niveaux), une usine d’assemblage et une usine de moulage, est une erreur. Il existe des risques de nuisances ou d’accidents liés aux produits utilisés, à leur stockage et à leur transport. Au moment où toutes les prévisions sur le climat convergent et que le GIEC nous alerte sur les risques de submersion de plus en plus rapide, il est incompréhensible de vouloir construire cette usine à cet emplacement. Aujourd’hui, le sens de l’histoire est de sortir les industries des centres-villes, et de construire en retrait des bords de mer «  analyse-t-elle.

483 logements pour « la colline de béton »

L’association estime également que « la colline de béton » ainsi nommée par l’architecte François Leclercq, composée de nouvelles constructions, est « en fait une multitude de tours. Composé d’une quinzaine d’immeubles, dont les plus hautes tours atteindront 40 m (soit quasiment l’équivalent du dernier étage de la Grande Pyramide), ce projet remet complètement en cause l’œuvre de Jean Balladur. Pour la Vigie citoyenne, une réduction du nombre de logements prévus sur la zone artisanale actuelle s’impose : le nombre de 250 a été suggéré à plusieurs reprises. Cela permettrait des constructions moins hautes et plus en harmonie avec l’architecture du Couchant et cela ne viendrait pas contrarier la Grande Pyramide, cette caractéristique essentielle de notre paysage urbain. La Grande Pyramide, haute de 15 étages, présente des formes courbes vers l’ouest et des formes plus rigides vers l’est ; c’est ainsi qu’elle forme la transition entre le quartier du Levant et celui du Couchant » (…) La « sky line » s’en trouve bouleversée et la construction de ces hautes tours à proximité de la Grande Pyramide contribuera à défigurer cette œuvre magistrale qu’est La Grande-Motte » précise l’association.

Des points d’accord

Dans son analyse, l’association « approuve certains aspects, telle l’extension du port, à la condition qu’il y ait une étude globale qui cerne au plus près les besoins réels, compte tenu de l’évolution de la plaisance et de tous les projets en cours en Méditerranée ». De même : « La rénovation des quais s’impose pour une ville comme La Grande-Motte. Les parties marchandes des quais et du front de mer ne répondent plus à ce que peut attendre une clientèle d’une station de bord de mer réputée : une charte de qualité s’impose. »

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