Quid de la qualité de l’eau de nos rivières et de nos nappes phréatiques ?

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La rivière Rieutort, sous-affluent de la Garonne par l'Ariège.

Le bilan est plutôt positif concernant les nappes phréatiques de l'Occitanie, puisque 92 % d'entre elles sont en bon état chimique. Mais plus mitigé concernant les rivières d'Occitanie, dont seulement 45 % sont en bon état écologique.

Laurent Roy, directeur de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse (RMC), et Karine Bonacina, directrice de la délégation montpelliéraine de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse, ont établi en début de semaine un bilan de la qualité des eaux de nos rivières et des nappes phréatiques. Il faut savoir que l’agence de l’eau n’effectue pas de suivi sur l’eau du robinet, mais sur l’eau dans son milieu. Le bon état est déterminé par la qualité des eaux, leur quantité et leur bon fonctionnement écologique pour la faune et la flore (biodiversité).

Si de nombreux efforts sont faits sur le terrain pour que la pollution baisse, afin de diminuer les prélèvements d’eau excessifs et pour renaturer et décloisonner les rivières notamment, il reste encore beaucoup à faire, d’autant que le changement climatique menace les cours d’eau et nappes phréatiques, entre évaporation et hausse des besoins en eau, donc des prélèvements (irrigation, piscines…).

Les actions entreprises

L’amont des cours d’eau méditerranéens d’Occitanie est en bon état dans les Pyrénées, les Corbières, les Cévennes, tandis qu’à proximité des zones cultivées et des grandes villes, les cours d’eau sont plus fortement prélevés, les rivières sont aménagées voire maîtrisées par des buses, et plus polluées. Ainsi, la plaine viticole du Roussillon (Aude) est plus artificialisée – des digues, barrages, drainages y ont été construits – et l’eau y est en moins bon état.



Partant du constat qu’il y a trop de prélèvements d’eau dans un tiers des rivières du bassin Rhône-Méditerranée Corse (29 % en Occitanie), l’agence de l’eau a mis en place diverses actions, dont une démarche rassemblant tous les acteurs concernés, pour définir un Plan de gestion de la ressource en eau (PGRE) destiné à trouver des solutions adaptées. Sachant que le bassin versant de l’Aude est le plus déficitaire (37 millions de mètres cubes d’eau y sont prélevés en trop, ce qui empêche que les eaux restantes soient en bon état), le PGRE a proposé 87 actions en vue d’économiser 33 millions de mètres cubes d’eau. A l’heure actuelle, 80 % des actions ont été engagées. Résultat : les prélèvements en eau potable ont été réduits de 17 % et l’irrigation a baissé de 28 %, ce qui a des conséquences positives sur les milieux. La situation est ainsi moins dégradée qu’elle ne devait l’être.

Parmi les solutions préconisées dans notre région, l’agence de l’eau évoque les économies d’eau, qui passent par la réduction des fuites sur les réseaux d’eau potable grâce à des travaux ; les efforts des particuliers, incités à prendre des douches plutôt que des bains et à réutiliser l’eau qui sert à nettoyer leurs légumes, par exemple ; ou encore les changements de mode d’irrigation en agriculture. Ainsi, en 2019, 23 millions de mètres cubes d’eau ont pu être économisés. Autre solution : réduire le bétonnage pour que l’eau rejoigne les nappes phréatiques. Il s’agit là de désimperméabiliser les sols pour qu’ils absorbent l’eau, ce qui évite les inondations – second avantage. Préserver les zones humides est également primordial, puisqu’elles ont un rôle régulateur. C’est pourquoi en 2019, 139 hectares de zones humides ont été restaurés en Occitanie. Renaturaliser les rivières est tout aussi important pour lutter contre l’extinction de la biodiversité. En effet, en Occitanie, 56 % des rivières ont une morphologie dégradée, ce qui signifie qu’elles ont été trop modifiées, artificialisées, dirigées, chenalisées, endiguées, voire cachées. L’agence de l’eau incite les collectivités à leur redonner un caractère naturel pour favoriser la biodiversité. En 2019, 42,6 kilomètres de rivières ont été restaurés en Occitanie. Et depuis 2013, plus de 500 kilomètres de rivières ont été renaturalisés dans les bassins Rhône-Méditerranée Corse.



En Occitanie, 32 % des rivières sont cloisonnées par des seuils et barrages. Ce chiffre s’élève à 42 % dans les bassins Rhône-Méditerranée Corse. L’agence de l’eau insiste sur l’impact négatif de ces ouvrages. En effet ils constituent des obstacles pour les espèces migratrices (saumons, anguilles, lamproies) mais aussi pour les espèces sédentaires, qui ne peuvent pas accéder aux zones pour frayer (zones de reproduction). De plus, ces ouvrages piègent les sédiments qui forment le sable du littoral, ce qui entraîne une hausse du niveau de la mer et pourrait causer, à terme, des submersions des villes du littoral. L’agence de l’eau préconise donc de rétablir la continuité des rivières, notamment en arasant les barrages lorsque c’est possible. En 2019, 15 ouvrages ont été rendus franchissables, soit au total 125 depuis 2013. Il reste 33 ouvrages prioritaires à traiter. Notamment la traversée de la Lergue à Pézenas, entièrement bétonnée ; les cours moyen et supérieur de l’Aude et ses affluents ; l’est de l’Occitanie ; ou encore à Banyuls, un cours d’eau qui, asséché en été, sert de parking.

L’aval du Gardon, Anduze.

La lutte contre la pollution, un enjeu majeur

En vingt-huit ans, la pollution domestique par l’ammonium a été divisée par vingt grâce à l’amélioration de l’assainissement des eaux domestiques résultant de l’action conjuguée des collectivités, de l’agence de l’eau et de l’Etat. Et si la concentration en hydrocarbures issus de la combustion du bois, du fuel ou de l’essence a été divisée par quatre ces dernières années, elle reste quinze fois supérieure aux normes admises. Entre 2008 et 2018, la toxicité des pesticides a été divisée par deux grâce au retrait progressif des substances les plus toxiques comme le glyphosate ; elle atteint désormais 50 % de la norme. Les efforts des industries et collectivités ont permis de diminuer les pollutions toxiques. Dans 60 % des stations de prélèvement des eaux servant aux analyses, des algues brunes (diatomées) étaient présentes, ce qui atteste du bon état des eaux. Idem pour les invertébrés, ce qui est une bonne nouvelle concernant la faune. Fait très préoccupant, tout le bassin Rhône-Méditerranée Corse est contaminé par les perfluorés, utilisés très largement par l’industrie pour les cosmétiques, la vaisselle, la lessive… Or, ces substances persistantes ne se dégradent pas.

Au fil des années, les moyens de contrôler la qualité des eaux se sont accrus. L’agence de l’eau procède désormais à 5,5 millions d’analyses par an, et celles-ci portent sur 1 300 paramètres (au lieu de 25 en 1990).



Ainsi, depuis quatre ans, l’agence de l’eau analyse la teneur en substances pharmaceutiques, stimulants et perchlorates des eaux. Plus de 120 de ces substances sont présentes dans les cours d’eau, ce qui a de graves conséquences pour l’environnement : baisse de la reproduction des poissons, batraciens et mammifères marins, développement de bactéries résistantes aux antibiotiques… Parmi ces substances, on retrouve des antidiabétiques, anti-hypertenseurs, anti-épileptiques, du paracétamol, des bêtabloquants, des diurétiques, anxiolytiques, anti-inflammatoires, mais aussi de la caféine et de la nicotine. Certaines d’entre elles, comme les anti-épileptiques, ne sont pas éliminées par les stations d’épuration. Contrairement au paracétamol (doliprane) ou à l’acide salicylique (aspirine), que les stations d’épuration savent traiter. L’agence de l’eau souligne l’importance de réduire ces pollutions médicamenteuses à la source, en évitant tout traitement médical inutile, en ne jetant pas les médicaments dans les lavabos ni dans les toilettes (les pharmacies les recyclent) et en limitant l’usage des produits d’entretien.

Vue d’ensemble, Galeizon aval. © Campoy-Huser.

Depuis deux ans, l’agence de l’eau procède à des analyses sur les petites crevettes d’eau douce (gammares), révélant d’autres sortes de pollutions, par les métaux, les PCB, des dioxines, des insecticides chlorés, substances nocives pour la faune et l’être humain. Elle étudie ainsi la réaction à la pollution des organismes vivants.

Sa palette d’investigations s’agrandit et peut donner lieu à de nouvelles interventions pour réduire des pollutions insoupçonnées jusqu’à présent. Ses connaissances sur les milieux s’accroissent.



Une application pour connaître la qualité des eaux des rivières

Si vous souhaitez vous baigner dans une rivière et que vous voulez au préalable vous informer de la qualité de ses eaux, l’application Qualité Rivière est faite pour vous ! Elle vous informe de l’état de santé écologique des rivières et propose des données sur les poissons et sur la qualité bactériologique des eaux de baignade. Plus de 70 rivières sont en bon état dans l’Hexagone, dont la Saône (88), le Rhôme (90), le Combois (90), l’Avère (34) et le Saint-Jaume (66), qui ont obtenu récemment une distinction de l’agence de l’eau.

Ne pas boire d’eau en bouteille

Laurent Roy, directeur de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse (RMC), invite à ne pas boire d’eau en bouteille au lieu de l’eau du robinet : cela créerait une catastrophe écologique par la pollution plastique.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com



 

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