[Vidéo] Frontignan – La Peyrade : au cœur du chantier de dépollution de l’ancienne raffinerie d’Exxon Mobil

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Le maire de Frontignan La Peyrade Michel Arrouy, Audrey Porchier-Reversat, directrice projet d'Antea Group ; Nathalie Guégaden-Lefort, responsable des relations extérieures ExxonMobil, et Hervé de Gréef, responsable environnement d'Esso France.

Mercredi 13 janvier, les équipes d’Exxon Mobil et d’Antea Group (maîtrise d’œuvre) ont présenté la gigantesque tente pilote testée actuellement afin d’éviter les nuisances olfactives pour les riverains de ce chantier dit de « remédiation environnementale ». Pour faire simple, une tente, un corridor et un sas ont été installés sur le site pour retenir les odeurs, et seront déplacés au fur et à mesure du déplacement du chantier. Il s’agit d’une première en France en matière de dépollution et de réhabilitation.

Un site à dépolluer

« Au fil des années, les hydrocarbures de l’ancienne raffinerie de pétrole Exxon Mobil, qui fut bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, se sont infiltrés dans le sous-sol. Pour envisager une quelconque réutilisation de ce terrain de 11 hectares, il est primordial de réhabiliter le sol au préalable », indique Audrey Porchier-Reversat, directrice projet d’Antea Group, qui intervient ici comme maître d’œuvre. Selon le principe du « pollueur payeur », il revient à Exxon (Esso) de financer et d’organiser la « remédiation environnementale », évaluée à « plusieurs dizaines de millions d’euros » par Hervé de Gréef, responsable du service environnement d’Esso France. Antea Group appuie Esso sur la stratégie du projet. L’entreprise générale est le groupement Serpol et Suez Remediation. Concrètement, il s’agit d’enlever les terres et l’eau (qui sera traitée) imbibées d’hydrocarbures à l’aide d’une pelle mécanique. Le chantier mobilise une quarantaine de professionnels, dont une responsable des relations extérieures d’Exxon Mobil chargée des relations avec les riverains et spécialiste des odeurs (Nathalie Guégaden-Lefort).

Une tente anti-odeurs.
Une tente anti-odeurs.

Une méthode anti-odeurs originale

Les odeurs dégagées par ce type d’intervention peuvent en effet être pestilentielles pour la population des alentours, passé 1 mètre de profondeur. Or, l’équipe est amenée à creuser jusqu’à 4 à 5 mètres de profondeur. C’est la raison pour laquelle une tente gigantesque, un corridor et un sas gonflables, conçus par l’entreprise canadienne Dynamic Air Shelters – et habituellement utilisés pour de l’événementiel ou pour accueillir des hôpitaux de campagne –, sont actuellement en cours d’installation sur la zone nord du site pour une nouvelle phase de test, après avoir été testés sur la zone sud. Recouvrant le site d’excavation, et dotés d’un système performant d’extraction et de traitement de l’air par des filtres à charbon et d’injection d’air sain, ils permettent en quelque sorte d’isoler le chantier sur le plan olfactif, grâce à la pression négative qui y règne. L’air n’en sort pas, même si les camions ou les personnes y entrent et en sortent.


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La tente principale mesure 90 mètres de long sur 30 mètres de large et pèse 40 tonnes. Elle est arrimée par 73 blocs de béton créés spécialement, de 5,5 tonnes. Pour sa part, le sas fait 20 mètres de long et est arrimé à 25 blocs de béton de 2 tonnes. Ce dispositif permet aux camions de dépolluer des mailles de 10 mètres carrés. Un travail de fourmi, quand on pense aux 11 hectares à dépolluer ! Il est déplaçable à volonté au fur et à mesure de l’avancement de la remédiation, mais cette opération prend du temps. Il faut trois jours pour déplacer la tente d’un bout à l’autre de la zone à traiter, mais les déplacements seront réalisés à petite échelle une fois la phase de tests achevée. Hervé de Gréef espère pouvoir obtenir une tente plus large de 20 mètres supplémentaires et aux ouvertures et fermetures plus aisées, pour accélérer les travaux. Le dispositif a été présenté au voisinage en septembre 2020, et semble être efficace, la mairie n’ayant recueilli aucune plainte pour nuisances olfactives depuis le début du chantier.

Un chantier voué à se déplacer, selon Hervé de Gréef.

Un timing serré

La tente, le corridor et le sas gonflables, accompagnés de dispositifs de traitement de l’eau et d’extraction et traitement de l’air, ont été montés début septembre 2020. Entre la mi-novembre et Noël, il a été procédé au test sur 2 maillages de 1 m2 chacun au sud du site (2 200 tonnes de terre ont été sorties) et à l’injection de l’eau traitée. L’ensemble a été déplacé sur la zone nord durant la première semaine de janvier. De mi-janvier à fin février, il sera procédé à la « remédiation environnementale » test de 2 maillages de 1 m2 chacun sur la zone nord. A eux seuls, ces 4 maillages auront nécessité un investissement de 4 millions d’euros. L’équipement pilote sera ensuite démonté jusqu’à mi-avril. Il faudra ensuite tirer les enseignements des tests de dépollution (connaître les données hydrogéologiques, géotechniques, olfactives) et des performances et défauts de la tente pilote pour procéder à des ajustements de spécifications en vue de l’appel d’offres qui devrait être lancé en juin ou juillet 2021. Les travaux en eux-mêmes devraient débuter en 2022 et s’étendre jusqu’à la fin de l’année 2025. « Bien entendu, ce timing ne pourra être respecté que si les décisions sanitaires liées à la pandémie de Covid le permettent », selon Hervé de Gréef.

En quoi consiste la dépollution ?

Le diagnostic de 70 % du terrain de 11 hectares a été effectué lors d’une longue campagne d’investigation il y a trois ans. Maintenant que les zones polluées ont été identifiées, il faut excaver la terre sur 3 à 5 mètres de profondeur, aux endroits où elle est polluée, à l’aide de pelles mécaniques. L’eau (présente à partir de deux mètres de profondeur) en est extraite, traitée via un filtre à sable puis un filtre à charbon actif qui en retirent les produits pétroliers, et stockée dans 2 réservoirs de 1 000 m3 chacun, puis réinjectée dans les égouts après traitement.

Les deux cuves de stockage des eaux.
Les deux cuves de stockage des eaux.

Les terres les plus polluées sont expédiées au centre agréé de Bellegarde. Celles qui sont acceptables sur le plan environnemental sont enfouies à 4 mètres et recouvertes de terre saine.

Les défis de ce chantier

Plusieurs mauvaises surprises pourraient se présenter au cours de l’excavation des terres polluées : certaines infrastructures pourraient donner du fil à retordre aux professionnels : béton, tuyaux… Mais Hervé de Gréef mentionne un problème que son équipe redoute. Le site ayant été bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, on pourrait y découvrir en creusant un ou plusieurs bombes qui n’auraient pas explosé. La plus grande des prudences s’impose donc.

L’avenir du site après sa dépollution

Le maire de Frontignan – La Peyrade, Michel Arrouy, explique : « Une livraison des terrains est prévue d’ici 2026. Nous travaillons d’ores et déjà, avec l’équipe municipale, à l’aménagement économique, commercial et de loisirs, tourné vers la transition écologique, de ce terrain de 11 hectares, véritable atout pour notre ville, à proximité du centre-ville, avec la création future d’une passerelle, l’installation d’un miniplexe de cinéma et la réflexion engagée autour d’une nouvelle gare multimodale ». Il conclut en appelant de ses vœux un travail collaboratif entre la ville de Frontignan – La Peyrade, Sète Agglopôle Méditerranée, le département de l’Hérault et la Région Occitanie concernant l’avenir de cette zone appelée à devenir, selon le maire « un laboratoire de la transition écologique ».

Virginie MOREAU
vmoreau.hje@gmail.com

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